zaterdag 30 mei 2026

Elisabeth's Interview with La Libre

 La princesse Elisabeth : "A Harvard, j'ai essayé de mener une vie d'étudiante la plus normale possible"

Avec trois autres journalistes nous avons pu interviewer la princesse Élisabeth à Harvard peu avant sa cérémonie de remise de diplômes, "The Commencement", le 28 mai.

Emmanuelle Jowa
  • Publié le 28-05-2026 à 04h00
BOSTON, UNITED STATES OF AMERICA - MAY 26:  Pool photo opportunities with Princess Elisabeth in and around  Harvard pictured before the graduation ceremony on May 26, 2026 in Boston, United States of America, 26/05/2026 ( Photo by Philip Reynaers / Pool / Photonews
Cambridge, lundi 25 mai. Le rendez-vous a été donné à 14 heures au Smith Campus Center, sur Massachusetts avenue, près de Harvard Square. C'est un espace commun moderne, architecture brutaliste, vitres larges, murs dépouillés. Au rez-de-chaussée, des jeux d'échecs sur quelques tables, un coffee bar sophistiqué. À l'intérieur, un lieu de travail pour les étudiants de Harvard. Et ouvert à tous. Un silence monacal, du bois blond, des fauteuils de bureau aux lignes seventies.
C'est là, au premier étage, que nous attendons la princesse. Un garde du corps de l'équipe belge l'attend à nos côtés. Elle arrive à 14 heures tapantes.
Nous sommes quatre journalistes à mener cet entretien. Une première vraie interview. Nous avions pu lui parler déjà en 2023 en Égypte lors du voyage qu'elle avait effectué avec la reine Mathilde sur les traces de la reine Élisabeth. Mais c'était alors un entretien informel, en compagnie de la reine. Ce lundi, le phrasé est pesé, paisible. Le débit s'accélère par instants. Il y a quelques silences aussi. La princesse réfléchit. Ses réponses ont la force vive de la jeunesse. Son rire fuse de temps à autre, à la fois spontané et discret.
Elle parle avec un bonheur tangible de son expérience à Harvard. Fondatrice. Elle évoque ce foisonnement de cours, de discours, de personnalités. Ce lieu de légende où se croisent les cerveaux du monde entier.
Elle se montre plus réservée quant à ses intentions dans un futur proche. Elle aimerait se poser, se retrouver, digérer sans doute cette masse d'informations qu'elle accumule depuis de longues années, dont plus de sept passées à étudier à l'étranger. Elle compte prendre quelques mois voire davantage pour se ressourcer, respirer, s'écouter. Se retrouver. Et vivre des expériences nouvelles – extra-curriculaires – qu'elle n'aura peut-être plus l'occasion de vivre plus tard, lorsqu'elle exercera ses fonctions officielles à plein temps. Partir pour mieux revenir au fond. C'est en tout cas la façon dont nous interprétons ses mots.
De quelle manière avez-vous pleinement profité de votre expérience d'étudiante de Master à Harvard et de la liberté liée sur le campus et dans le Massachusetts ?
J'ai essayé de mener une vie d'étudiante la plus normale possible. Et j'en ai aussi beaucoup profité. Quant au Massachusetts, cet État est notamment connu en tant que "running State", un État où l'on court. Donc comment ai-je profité de ma liberté ? J'ai fait beaucoup de sport. J'ai de nombreux amis qui sont très sportifs, donc ils m'y ont encouragée, on a fait du sport ensemble. J'ai saisi l'occasion, lorsque c'était possible, de voyager à travers les États-Unis, pour voir une réalité différente de Cambridge. Parce que Cambridge bien sûr, ça reste un microcosme. Donc j'ai été à l'ouest, dans le sud, un peu dans les États avoisinants, dans le centre… Mais j'ai aussi rencontré sur le campus des gens absolument impressionnants qui m'ont inspirée. C'est quelque chose que j'ai trouvé très important.
Vous vous êtes sentie véritablement libre ?
Oui.
EMBARGO - ATTENTION EDITORS - EMBARGO PUBLICATION WEDNESDAY 27 MAY 2026 AT 13:00 BELGIAN TIME -  Crown Princess Elisabeth pictured in Harvard Kennedy School, Harvard University, in Cambridge, USA, Tuesday 26 May 2026. BELGA PHOTO POOL BENOIT DOPPAGNE - ATTENTION EMBARGO PUBLICATION WEDNESDAY 27 MAY 2026 AT 13 00 BELGIAN TIME - NO PUBLICATION ON ANY PUBLIC DATABASE -
La princesse Elisabeth à Harvard ©Belgaimage
Votre père, lors d'une mission économique en Californie il y a des années, a évoqué son séjour à Stanford ; il a dit que c'étaient véritablement deux des années les plus merveilleuses de sa vie. Parce que là-bas, il a pu être simplement "Philippe", et non le prince. Avez-vous vécu une expérience similaire ? En dehors de vos études, avez-vous pu faire tout ce que vous vouliez faire ?
Je pense que ma situation était légèrement différente, car pour moi, il s'agissait des deux dernières années d'un parcours scolaire et académique plus long. Le ressenti était un peu différent. Mais oui, j'ai certainement apprécié cette opportunité d'étudier ici aux États-Unis, en partie parce que c'est un peu plus éloigné de la Belgique. Et oui, j'ai essayé de mener une vie étudiante assez normale. Je vivais en appartement avec des amis. C'est bien, simplement, d'avoir ses propres petites routines. J'ai aussi apprécié de ne pas toujours être reconnue dans la rue. Et d'avoir un plus grand sentiment de spontanéité dans mon quotidien.
On sait qu'il y a des fortes tensions entre l'administration Trump et l'université… Cette situation a-t-elle engendré une ambiance particulière ?
C'est une question un peu compliquée, comme vous pouvez l'imaginer, parce qu'il y a une action judiciaire en cours. Mais ce que je peux vous dire c'est que c'était une situation très incertaine pour nous. Ça a créé pas mal de stress pour les étudiants. Mais l'université s'est quand même voulue rassurante et elle a proposé des options alternatives (dans le cas où les étudiants n'auraient pas bénéficié d'un renouvellement de visa par exemple. NDLR). Heureusement la situation a été repoussée, c'est plus calme. (La procédure en cours a permis de suspendre déjà certaines mesures qu'avait lancées l'administration Trump. NDLR).
Pourriez-vous partager une anecdote ou une expérience qui vous a marquée ?
Il y en a beaucoup parce que, comme je vous le disais, j'ai été entourée de gens très inspirants et différents. Mais je vous donne un exemple un peu plus concret : ma sœur (la princesse Éléonore. NDLR) est venue me rendre visite et ce fut formidable. C'était génial de pouvoir lui montrer un peu de la ville dans laquelle je vivais et de partager cela avec elle. Un autre moment fort pour moi est d'avoir eu l'occasion, avec quelques amis, de faire le marathon de New York. C'était une expérience formidable, avec une ambiance incroyable dans les rues. C'est quelque chose de typiquement américain aussi d'encourager les participants. J'ai trouvé ça super de se sentir emporté par le public. Pour revenir au côté académique, j'ajouterais comme moment fort le fait d'avoir été "assistante" pour un professeur. Ça m'a donné une nouvelle perspective, une ouverture et une autre façon d'approcher ma vie universitaire. (La princesse précise qu'il ne faut pas comprendre le terme "assistante" comme on l'entend dans les universités belges. C'est n'est pas une tâche "professorale" aux États-Unis, mais une "aide" à certains professeurs. NDLR)
Le monde entier semble converger vers Harvard ; l'élite mondiale se rassemble dans ce lieu. Dans quelle mesure votre passage ici a-t-il réellement modifié ou élargi votre vision du monde ? Et, par ailleurs, avez-vous réussi à vous constituer un réseau professionnel et amical ici ? Avez-vous le sentiment d'y avoir noué des liens étroits que vous entretiendrez encore des années durant, même après votre retour en Belgique ?
Oui, naturellement, j'ai énormément appris durant mon séjour ici, et ma vision du monde s'est incontestablement élargie. Y séjourner m'a permis d'envisager le monde, et l'Europe, sous un angle totalement différent. Cette expérience m'a donné matière à une profonde réflexion. Quant aux personnes que l'on croise, le fait de côtoyer des personnes aussi exceptionnellement intelligentes et travailleuses incite vraiment à l'humilité. Donc oui, elles ont indéniablement été une source d'inspiration pour moi. J'espère sincèrement pouvoir préserver ces amitiés pendant de longues années.
Vous avez terminé votre Master en politique publique. Allez-vous continuer à vous former d'une manière ou d'une autre ?
Je viens à peine de terminer, cette semaine. C'est encore très tôt, j'ai besoin de temps pour réfléchir. Je vais donc essayer de prendre du recul par rapport à ces années d'études et de me déployer d'autres façons. Ce pourrait être durant une année ou plus. Parce que je pense qu'il est important de créer des fondations solides et de ne pas se précipiter. Chaque chose en son temps. Je vais donc maintenant m'accorder un peu de temps, et puis je commencerai en temps voulu..
Savez-vous déjà quand vous aurez une maison, donc une dotation ? Et quand vous reprendrez les missions économiques princières?
Comme je le disais, je ne le sais pas encore exactement. Je communiquerai cela en temps voulu.
BOSTON, UNITED STATES OF AMERICA - MAY 26:  Pool photo opportunities with Princess Elisabeth in and around  Harvard pictured before the the graduation ceremony on May 26, 2026 in Boston, United States of America, 26/05/2026 ( Photo by Philip Reynaers  Pool/ Photonews
La princesse Elisabeth à Harvard ©PRE
Un journal prétend que vous avez prévu de traverser l'Atlantique à la voile…
J'ai appris ça, oui. J'adorerais mais ça ne fait pas partie de mes projets actuellement, non.
En quoi ce Master à Harvard vous a-t-il mieux préparée à votre futur rôle de reine ? Et en quoi a-t-il complété aussi votre bachelier à Oxford, en termes peut-être de méthodes, mais également de contenu ?
Le parcours au sens large à Oxford et Harvard m'a donné une vraie base structurée, et intellectuelle pour réfléchir. Comment apprendre à réfléchir, comment former ses opinions, ses réflexions. Alors qu'Oxford était un peu plus dans la théorie, ici c'était plus appliqué. À Harvard on apprend vraiment la formation et l'application des décisions au niveau politique. J'ai eu aussi l'occasion de me concentrer sur certaines régions du monde. Je me suis beaucoup intéressée au Moyen-Orient et à l'Asie, dont la Chine.
Comment, bien que profondément intéressée et passionnée par l'histoire, avez-vous finalement choisi d'orienter vos études vers les politiques publiques et la politique ? Qu'est-ce que ce programme de Master vous a concrètement appris sur la nature du pouvoir alors que la dynamique géopolitique évolue ? Aux yeux de beaucoup, l'état du monde semble se dégrader. Nombreux sont ceux qui éprouvent même un sentiment de désespoir. En tant que personne se préparant à occuper un futur rôle de leadership, parvenez-vous à vous élever au-dessus de ce sentiment ?
Il règne une grande incertitude dans le monde — une réalité que j'ai assurément ressentie ici également. Mais j'essaie vraiment de rester optimiste, car l'optimisme est un trait de caractère qui me définit — et c'est aussi quelque chose que j'ai l'intention d'emporter avec moi dans mon avenir. Mais oui, il est intéressant que vous abordiez le sujet du pouvoir ; j'ai justement suivi récemment un cours sur l'histoire et le pouvoir — il s'intitulait "Histoire appliquée". C'est donc exactement ce qu'ils entendent par là : ils tentent de tirer des leçons de l'histoire, y compris de l'histoire récente, afin de mieux appréhender l'avenir et de fournir des outils aux décideurs politiques. Donc, oui, j'y ai mûrement réfléchi.
Ici à Harvard, étiez-vous plutôt Élisabeth, ou une princesse appelée à régner un jour ?
Mon but ici était d'être juste Élisabeth. C'était important pour moi de vivre ces années en étant une étudiante parmi les autres. Et même si les gens savent, ils s'y font et tout est naturel.

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